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Situation du champ de la pédopsychiatrie au Grand Duché de Luxembourg
- Dr C.Frisch-Desmarez
36, rue Tony Neuman,
L-2241 Luxembourg
Tél :00352472174,
c.frischdesmarwwwez@gmail.com
- Dr Jean-François Vervier
Service de pédopsychiatrie,
Hépital des Enfants
4, rue Barblé,
L-1471 Luxembourg
Axes directeurs dans le domaine de la psychiatrie infanto-juvénile
Nous tenons pour acquis les présupposés de la pédopsychiatrie actuelle. C'est-à-dire: la multifactorialité des étiologies en psychopathologie, la nécessité d'une approche globale, pluridisciplinaire, psycho-médico-sociale qui prend en compte l'approche psychothérapeutique et psychodynamique de l'enfant, de l'adolescent et de la famille et la pratique en réseau. Nous estimons ainsi que le champ de la pédopsychiatrie est celui du psycho-médico-juridico-social. Dans le contexte professionnel multiculturel du Luxembourg, notre approche clinique associe une démarche psychopathologique qui tente de repérer les éléments pathogéniques invariants et universels du fonctionnement et du trouble mental tout en le mettant en lien avec une réflexion anthropologique intégrant l´expérience culturelle et subjective de la maladie et de la souffrance.
Interdisciplinarité
Alors que la nécessité de l’interdisciplinarité de l’approche psychiatrique de l’enfant et de l’adolescent est évidente, l’arrivée récente des pédopsychiatres au Luxembourg a exclu la possibilité qu'ils soient intégrés dès l’origine dans les équipes qui travaillaient dans le champ de la pédopsychiatrie. Ceci a induit un clivage entre les psychiatres d’une part et, d’autre part les psychologues et les thérapeutes. A l’approche médicale calquée sur celle de la pathologie psychiatrique adulte et non basée sur une approche globale de l’enfant et de sa famille s’opposait une approche psychologique évitant de "psychiatriser" les situations. Actuellement, l’ouverture pour inclure les pédopsychiatres à quelques équipes multidisciplinaires se limite à des postes de consultants sans véritable pouvoir décisionnel concernant l'orientation thérapeutique. Les rôles de référent, de garant et de coordinateur des projets thérapeutiques, et de thérapeutes que les pédopsychiatres devraient avoir, restent pour beaucoup de professionnels encore méconnus. On peut ainsi déplorer que certains psychologues et autres professionnels de la santé mentale cantonnent les pédopsychiatres à un rôle de poseurs de diagnostic et des prescripteurs de médicaments. Ils méconnaissent ainsi totalement la place des pédopsychiatres en tant que référent et garant de la continuité des soins, tâche essentielle à la poursuite de nombreux traitements. Cette pratique de transdisciplinarité est actuellement, dans les faits, souvent limitée aux 3 équipes de pédopsychiatrie hospitalière si ce n’est, qu’au fil des années, un certain nombre de professionnels ont développé leur propre réseau de soins dans le domaine de la santé mentale de l’enfant et de l’adolescent. Ces réseaux inter-personnels se basent sur une collaboration de professionnel à professionnel et malheureusement pas sur des réseaux de soins institutionnalisés, articulés et soutenus par les instances décisionnelles.
Histoire de la pédopsychiatrie au Luxembourg
Au départ de concepts et de cliniciens formés dans d’autres pays européens que le Luxembourg, l’histoire de la pédopsychiatrie se construit progressivement depuis 20 ans au Luxembourg par l’existence, en 2009, de 18 pédopsychiatres en pratique libérale et institutionnelle (contre 3 en 1988) avec la création de 3 Services hospitaliers pluridisciplinaires et le conventionnement pédopsychiatrique des centres de l’Education différenciée et des structures d’aide précoce dépendantes du Ministère de la Santé. En parallèle, le pays s’est doté de structures psychosociales à missions thérapeutiques dédiées à des problématiques spécifiques (hyperactivité, autisme, maltraitance, troubles du comportement, troubles du développement,…) gérées et financées de façon peu concertée par les différents ministères impliqués (Santé, Famille, Education) sans pédopsychiatre institutionnellement intégré. Ce développement bien nécessaire non soutenu par un concept fédérateur national en Santé mentale pour enfants et familles n’est pas sans risque de clivage dans les interventions professionnelles pluridimensionnelles pouvant contribuer à la stigmatisation des enfants, aux difficultés d’accès des familles aux soins appropriés, aux discontinuités dans les prises en charge et à la poursuite de l’envoi des enfants dans les structures médico-éducatives de consolidation à l’étranger impliquant la désinsertion de leurs familles et de leurs cultures d’origine.
Quel pourrait être alors un modèle luxembourgeois d’intégration créatrice d’un dispositif de soins et de prévention adapté aux besoins en Santé mentale de l’enfant et de sa famille, aux spécificités du réseau luxembourgeois tout en ne reniant pas les concepts qui le fondent ? Quels seraient les aménagements des structures existantes, les besoins de formation des équipes et les dispositifs de soins pédopsychiatriques à créer ?
Identité professionnelle et articulation des pratiques
Le développement et la différenciation de la pédopsychiatrie dans le réseau médico-social et de soins au Luxembourg passent par la reconnaissance de l’identité des professionnels et de la spécificité de leurs interventions. L’engagement dans ce processus à long terme a des chances d’aboutir moyennant quelques conditions que nous souhaitons relever :
- l’articulation aux pratiques, aux structures et au cadre législatif (notamment à la loi relative à l’aide à l’enfance et à la famille) de protection sociale et judiciaire d’une démarche éventuelle de soins psychiatriques coordonnée et assumée par des équipes pédopsychiatriques formées et indépendantes.
- la volonté des autorités sanitaires luxembourgeoises de soutenir le développement et la place de la pédopsychiatrie dans ses missions préventives, diagnostiques et thérapeutiques par la création de structures intermédiaires de soins et de réintégration, résidentielles, semi-résidentielles et ambulatoires (crèche thérapeutique, structure résidentielle thérapeutique à moyens termes, centres de consultations pluridisciplinaires pédopsychiatriques régionalisés, hospitalisations à domicile,…) associée à la formation des professionnels à la psychopathologie et aux techniques de soins en pédopsychiatrie.
- l’établissement dans le cadre de la Réforme de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie du Ministère de la Santé, d’un Plan et programme d’actions et de priorités en Santé mentale de l’enfant et l’adolescent définissant les pratiques professionnelles, l’organisation des soins et son articulation avec le réseau scolaire et d’aide psychosociale.
- la contextualisation de nos interventions par l’adaptation des dispositifs de soins pédopsychiatriques aux particularités linguistiques et culturelles de la population luxembourgeoise engageant une « clinique et une recherche transculturelle qui intègrent la culture des familles et le fait migratoire pour mieux comprendre et mieux soigner » (Moro, 2004). La pratique de réseau en pédopsychiatrie doit permettre la mise en place d’un lieu d’échanges entre professionnels permettant d’élaborer et d’assumer la conflictualité et la prise de risques inhérente aux troubles mentaux et relationnels afin de soutenir l’engagement des enfants et des familles dans une démarche de soins psychiatriques.
- la légitimation des pratiques pédopsychiatriques passe par la capacité des cliniciens et des équipes s’occupant d’enfants avec troubles psychiatriques de questionner leurs connaissances et leur savoir-faire ainsi que d’évaluer la qualité et les résultats de leurs interventions par le dialogue avec l’enfant, sa famille mais aussi avec leurs collègues. Notre outil de travail comme cliniciens étant nous-mêmes, nos compétences professionnelles et nos capacités d’élaboration, ce travail de réflexion et supervision cliniques devrait être pris en compte dans notre pratique professionnelle.
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